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Israël entre en campagne : le bloc qui décidera du prochain Premier ministre est marocain

  • Photo du rédacteur: Amine Drissi Boutaybi
    Amine Drissi Boutaybi
  • il y a 6 jours
  • 3 min de lecture

La Knesset devrait être dissoute le 17 juillet, pour des élections le 27 octobre. Près d'un million d'Israéliens portent le Maroc dans leur nom et dans leur bulletin. Depuis 1977, aucun gouvernement ne se forme sans eux, et c'est le levier le plus sous-estimé du Royaume.

knesset

Dans six jours, Israël bascule officiellement en campagne électorale. La Knesset devrait être dissoute le 17 juillet, pour un scrutin fixé au 27 octobre. Ce seront les premières élections israéliennes depuis le 7 octobre 2023.


Voici ce que les analyses ne diront pas. Le bloc qui décidera de l'issue de ce scrutin ne vient ni de Tel-Aviv ni de Jérusalem. Il vient de Fès, de Casablanca, de Marrakech, de Debdou.


Les Israéliens d'origine marocaine, descendants compris, sont environ 800 000. Certaines estimations dépassent le million si l'on compte la quatrième génération. Ils forment la plus grande communauté d'origine unique d'Israël, soit 12 à 15 % de la population totale du pays. Devant l'Irak, devant l'Éthiopie, devant le Yémen, devant la Russie.


Les implications sont arithmétiques, pas sentimentales. Aucun parti israélien ne remporte une élection nationale sans capter une part significative du vote marocain. Aucun Premier ministre n'est élu sans les voix des Marocains. Aucune politique publique majeure ne passe en ignorant cette communauté.


Ce vote a une date de naissance : 1977, le Mahapakh, le grand renversement. Il faut remonter aux années 1950 pour le comprendre. Les Marocains arrivent dans un Israël dominé par un establishment ashkénaze de gauche. On les relègue dans les villes de développement périphériques, Sdérot, Netivot, Ofakim, Yeruham. On les oriente vers des emplois manuels sans égard pour leur niveau réel d'éducation. On qualifie leur culture de primitive, leur musique de bruit, leur cuisine de nourriture de pauvres.


Le ressentiment s'accumule pendant vingt-cinq ans. En 1977, Menahem Begin s'adresse aux communautés orientales avec respect et reconnaissance. Il capte la colère. La droite prend le pouvoir. Depuis, le lien s'est consolidé de génération en génération. Ce n'est pas un vote idéologique au sens classique, c'est un vote identitaire et mémoriel, l'une des constantes les plus durables de la politique israélienne.


Ce n'est pas un hasard non plus si l'accord de décembre 2020 a été signé côté israélien par Benjamin Netanyahou, chef du Likoud. Depuis Begin, le Likoud puise une part écrasante de sa base militante et de sa force électorale dans la communauté d'ascendance marocaine.


La démographie a une géographie. Ashdod, sixième agglomération d'Israël, est couramment appelée la capitale marocaine du pays. Ce n'est pas une formule. C'est là qu'a été fondé l'Orchestre Andalou d'Israël, lauréat du Prix d'Israël. La darija résonne encore dans ses marchés. La Mimouna y prend chaque année des proportions de festival urbain.


Cette Mimouna, née dans l'intimité des mellahs, est devenue le rendez-vous national d'Israël. Le lendemain de Pessah, des centaines de milliers de familles, y compris ashkénazes, dressent des tables et préparent des mouffletas. Et les responsables politiques se bousculent pour être photographiés une mouffleta à la main. Ils ne le font pas par goût du folklore. Ils le font parce qu'ils savent compter.


Enfin, il y a le portrait. Dans de nombreux foyers juifs marocains d'Israël, les portraits de Sa Majesté le Roi Hassan II et de Sa Majesté le Roi Mohammed VI sont encore accrochés. Ce n'est pas de la servilité, ni de la nostalgie. C'est la mémoire d'une protection réelle, celle du trône, et du refus de Sa Majesté le Roi Mohammed V de livrer ses sujets juifs.


Le point final est le plus important, et il tient en trois phrases.

L'Égypte a signé la paix en 1979. Elle n'a pas un million de citoyens en Israël qui parlent d'elle avec amour. L'Irak non plus. Le Maroc, si.


Aucun budget diplomatique ne fabrique cela. Le 27 octobre, quand les bureaux fermeront, un pays du Maghreb pèsera sur le résultat sans avoir déposé un seul bulletin.


POUR ALLER PLUS LOIN

Cette page est documentée dans mon livre, Le Maroc, ses Juifs et Israël. Disponible dès maintenant ici.


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