Le grand rabbin du Maroc que les juges musulmans venaient consulter
- Amine Drissi Boutaybi
- il y a 3 jours
- 3 min de lecture
À Salé, un homme surnommé l’Ange Raphaël a présidé la justice rabbinique du Royaume sans jamais toucher un salaire, et sa parole faisait autorité bien au-delà des siens. Cette semaine, je participe à sa hiloula. Voici pourquoi ce nom devrait vous rendre fier.

À Salé, un homme surnommé l’Ange Raphaël a présidé la justice rabbinique du Royaume sans jamais toucher un salaire, et sa parole faisait autorité bien au-delà des siens. Cette semaine, je participe à sa hiloula. Voici pourquoi ce nom devrait vous rendre fier.
Cette semaine, je participe à une hiloula à Salé. Celle d’un homme dont le nom devrait être connu de tout Marocain, et qu’aujourd’hui trop peu connaissent.
Refael Ankawa. Né à Salé en 1847, mort en 1935. De son vivant déjà, on ne l’appelait pas seulement par son nom. On disait le Malakh Raphaël, l’Ange Raphaël. Un surnom qu’on ne donne pas à la légère, et qu’il n’a jamais démenti par ses actes.
En 1880, il prend la tête du tribunal rabbinique de Salé et y fonde une yeshiva. En 1918, il devient le premier président de la Haute Cour rabbinique du Maroc, à Rabat. Puis grand rabbin du Maroc. Détail qui dit tout de l’homme : il avait refusé ce titre plusieurs fois. Il ne le voulait pas. On a dû le lui imposer. Et durant toutes ces années au service de la justice, il n’a jamais accepté le moindre salaire. Un juge qui refuse d’être payé pour juger, c’est une garantie d’indépendance que peu de systèmes au monde peuvent revendiquer.
Voici ce qui devrait nous arrêter. Sa sagesse était si reconnue que les cadis de Salé, les juges musulmans de la ville, venaient discuter avec lui leurs propres verdicts. Prenez la mesure de la scène. Dans le Maroc du début du vingtième siècle, un rabbin juif était la référence vers laquelle se tournait la justice musulmane. Pas par tolérance polie. Par respect de son érudition.
Il n’était pas qu’un juge. C’était un savant, un talmudiste, un kabbaliste, auteur d’ouvrages de droit rabbinique qui font encore autorité. À sa mort, en 1935, des dizaines de milliers de fidèles ont accompagné son cercueil. Son enterrement est resté dans l’histoire du pays comme un moment de cohésion, juifs et musulmans confondus.
Aujourd’hui, son tombeau à Salé est un lieu de pèlerinage vivant. Il a été restauré dans le cadre d’un vaste programme royal de réhabilitation des sites juifs, avec le soutien des autorités et d’entrepreneurs musulmans. La boucle est bouclée : le pays continue de veiller sur celui qui veillait sur sa justice.
C’est pour cela que j’y prends part. Une hiloula n’est pas un deuil, c’est une fête. On allume des bougies, on chante, on célèbre la vie d’un juste. J’y vais le cœur léger, et fier. Parce que Refael Ankawa n’est pas une curiosité du passé. C’est la preuve, gravée dans une pierre de Salé, de ce que ce pays a su être.
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