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Les Juifs marocains ont payé pour l’indépendance du Maroc.

  • Photo du rédacteur: Amine Drissi Boutaybi
    Amine Drissi Boutaybi
  • il y a 4 jours
  • 3 min de lecture

On a raconté aux Marocains que leurs Juifs étaient des agents de la France. Ils étaient encartés à l’Istiqlal, ils collectaient l’argent de la cause, et le 16 novembre 1955, ils étaient dans la foule qui acclamait le retour du Roi.

Mohamed 5 a l’indépendance du Maroc


Depuis des décennies, une phrase circule au Maroc. Les Juifs marocains étaient des agents de la France. Des étrangers. Des gens de passage qui profitaient du protectorat pendant que les vrais Marocains se battaient.


Cette phrase est confortable. Elle permet de ranger un peuple entier dans la catégorie des invités qu’on tolère. Elle est fausse, et les faits la détruisent en trois minutes.


Ils étaient encartés

Des Juifs marocains ont participé activement au mouvement nationaliste qui a conduit à l’indépendance de 1956. Certains étaient membres de l’Istiqlal, le principal parti nationaliste du pays.

Pas sympathisants dans un salon. Membres.


Ils ont payé

D’autres ont soutenu financièrement la cause de l’indépendance, par des dons et des collectes de fonds. À une époque où soutenir le nationalisme marocain n’était pas une posture de dîner en ville, mais un risque.


Ils ont plaidé

D’autres encore ont utilisé leurs réseaux internationaux pour porter la cause marocaine auprès des puissances étrangères. Ils avaient les relais, les langues, les entrées. Ils s’en sont servis pour le Maroc.


Le paradoxe que personne ne veut regarder

L’Alliance Israélite Universelle leur avait donné le français, l’école, les diplômes, l’accès à l’Occident. C’est l’argument que leurs accusateurs brandissent encore aujourd’hui pour prouver qu’ils étaient du côté du colonisateur.


Sauf qu’ils s’en sont servis pour réclamer le départ de la France.


La colonisation les affectait aussi. Ils partageaient avec leurs compatriotes musulmans le désir de voir le Maroc recouvrer sa souveraineté. L’école du colonisateur a formé une partie de ceux qui ont exigé sa sortie. C’est une ironie que l’histoire adore, et que les manuels détestent.


Le 16 novembre 1955

Sa Majesté le Roi Mohammed V rentre triomphalement d’exil. La foule qui l’accueille est immense.


Dans cette foule, il y a des Marocains musulmans et des Marocains juifs. Mêlés. Unis dans la même joie.


Cette image existe. Elle n’a simplement pas été transmise.


Ce qu’on en a fait

Cette page n’a pas été contredite. Elle n’a pas été discutée, réfutée, nuancée. Elle a été effacée.


C’est beaucoup plus efficace. Un fait qu’on conteste survit dans la controverse. Un fait qu’on retire du récit meurt en silence.


Et si tu portes un nom juif marocain

Retiens ceci, et transmets-le.


Tu ne descends pas de gens qu’on a tolérés, hébergés, supportés. Tu descends de gens qui ont milité, payé et plaidé pour un pays qui a ensuite oublié de le dire.


Tu ne dois rien au Maroc. Le Maroc te doit une ligne dans ses manuels.


La conclusion

Un Marocain qui traite les Juifs d’étrangers insulte ceux qui ont financé sa souveraineté.


Ils n’étaient pas des agents de la France. Ils étaient des patriotes marocains, attachés à leur pays et à leur Roi. Ils l’ont prouvé quand ça coûtait quelque chose.


POUR ALLER PLUS LOIN

Cette page est documentée dans mon livre, Le Maroc, ses Juifs et Israël. Disponible dès maintenant ici.


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