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Le Maroc entre dans Gaza, et personne ne mesure ce que ça veut dire

  • Photo du rédacteur: Amine Drissi Boutaybi
    Amine Drissi Boutaybi
  • il y a 5 heures
  • 3 min de lecture

Rabat a signé mercredi l’accord de participation à la Force Internationale de Stabilisation à Gaza : officiers au commandement conjoint, gendarmes, policiers, hôpital militaire de campagne. Le seul pays capable de parler à toutes les parties vient de le prouver.


Mercredi, à Rabat, sur hautes instructions de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, président du Comité Al Qods, le Maroc a signé l’accord encadrant sa participation à la Force Internationale de Stabilisation à Gaza, créée par la résolution 2803 du Conseil de sécurité des Nations unies. Le haut représentant du Conseil de paix pour Gaza, Nickolay Mladenov, a été reçu par Nasser Bourita et Abdeltif Loudyi. Au menu de l’engagement marocain : des officiers de haut rang des Forces Armées Royales au commandement conjoint de la force, des cadres de la Gendarmerie Royale et de la Direction Générale de la Sûreté Nationale, et un hôpital militaire de campagne. Les premiers éléments étaient déjà sur place depuis juin.


Arrêtons-nous sur ce que ce moment dit vraiment.


On a répété pendant cinq ans que la normalisation était une trahison de la cause palestinienne. Regardez qui est au chevet de Gaza aujourd’hui : le pays qui entretient des relations avec Israël, dont le Roi préside le Comité Al Qods, et dont l’armée est respectée des deux rives. Le Maroc n’a jamais considéré que parler à Israël et défendre les Palestiniens étaient contradictoires. C’était déjà sa position en décembre 2020. Gaza vient d’en faire une politique opérationnelle.


Et mesurez la rareté de la chose. Pour entrer dans Gaza avec des soldats, il faut réunir quatre confiances à la fois : celle d’Israël, celle des Palestiniens, celle de Washington et celle du monde musulman. Faites la liste des pays qui cochent les quatre cases. Elle est courte. Elle commence par Rabat.


L’hôpital militaire de campagne n’est pas un détail logistique, c’est une signature. Il dit la doctrine marocaine en une image : on n’arrive pas à Gaza en donneur de leçons, on y arrive en soignant. C’est la différence entre un pays qui cherche une tribune et un pays qui rend un service.


Cette capacité à parler à tout le monde n’est pas née cette semaine. Elle repose sur une longue histoire, sur un Royaume qui n’a jamais rompu le fil avec sa composante juive, sur une monarchie qui a fait de la médiation une constante de sa diplomatie. Le Maroc n’improvise pas un rôle : il occupe une place qu’il a patiemment construite, et que peu d’autres peuvent revendiquer.


Reste à voir ce que cet engagement produira sur le terrain. Mais sur le plan du positionnement, le message est déjà passé : quand il a fallu trouver un pays capable d’entrer dans Gaza sans être rejeté par aucune des parties, c’est vers Rabat qu’on s’est tourné. Ce n’est pas un hasard. C’est un aboutissement.


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