Les Marocains font une distinction que le reste de la région est incapable de faire, et personne ne le leur reconnaît
- Amine Drissi Boutaybi
- il y a 3 jours
- 2 min de lecture
Palestine, normalisation, judaïsme. Trois choses différentes. La confusion des trois est la marque des sociétés qui ne pensent pas.

Il existe un test très simple pour mesurer la maturité politique d’une société. Demandez-lui de distinguer trois choses.
La cause palestinienne. La normalisation avec Israël. Le judaïsme.
Dans la plupart des pays de la région, la réponse est un seul bloc indistinct. Défendre les Palestiniens implique de haïr Israël, ce qui implique de haïr les Juifs, ce qui implique de considérer comme traître quiconque parle à Tel-Aviv. Une chaîne logique fausse de bout en bout, mais confortable, parce qu’elle dispense de réfléchir.
La majorité des Marocains ne fonctionne pas ainsi. Et personne ne le leur reconnaît.
La cause palestinienne est perçue au Maroc comme une question de justice, de solidarité humaine et de droit international. L’attachement est sincère, il n’est pas de façade, et il ne disparaîtra pas.
La normalisation est autre chose. C’est un choix stratégique, discutable, relevant de la souveraineté marocaine. On peut la contester, la critiquer, en débattre. Elle n’engage pas une position sur les Juifs, elle engage une position sur l’intérêt national.
Le judaïsme, enfin, n’est ni une cause étrangère ni une question diplomatique. C’est une composante de l’identité marocaine, inscrite dans la Constitution, célébrée dans le patrimoine, protégée par le Roi. Il n’est pas négociable, parce qu’il n’appartient pas au domaine de la négociation.
Un Marocain peut donc être solidaire des Palestiniens, discuter la normalisation, et respecter le patrimoine juif de son pays. Les trois en même temps. Sans contradiction, et sans mauvaise conscience.
Cette capacité tient en un mot : la nuance. Elle n’est pas un hasard. Elle est le produit de vingt siècles de vie partagée et d’une éducation politique forgée par la monarchie, dans un pays qui n’a jamais eu besoin d’un ennemi intérieur pour se définir.
Ceux qui accusent le Maroc de trahison lui reprochent en réalité de savoir compter jusqu’à trois.
POUR ALLER PLUS LOIN
Cette capacité marocaine à distinguer ce que d’autres confondent est documentée dans mon livre, Le Maroc, ses Juifs et Israël. Disponible dès maintenant ici.
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