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Ce que l’accord de 2020 a révélé, le Maroc le pratiquait depuis soixante ans

  • Photo du rédacteur: Amine Drissi Boutaybi
    Amine Drissi Boutaybi
  • il y a 3 jours
  • 3 min de lecture

On commente la normalisation comme si elle avait créé une relation. Elle n’a fait que l’exposer. Le lien entre Rabat et Israël est plus ancien, plus discret et plus marocain qu’on ne veut bien l’admettre.

Sahara Marocain

On commente l’accord de décembre 2020 comme s’il avait créé quelque chose. Les uns y voient une rupture, les autres une audace. Les deux lectures partagent le même angle mort.

Elles supposent que la relation entre le Maroc et Israël commence ce jour-là.


Elle a soixante ans.


La coopération entre les services marocains et israéliens remonte au début des années soixante, sous le règne de Feu Sa Majesté le Roi Hassan II. C’est sur le sol marocain, en 1977, dans la plus grande discrétion, que se sont tenues les rencontres préparatoires entre émissaires égyptiens et israéliens, celles qui ont ouvert la voie à la visite de Sadate à Jérusalem, puis à Camp David. C’est à Ifrane, en 1986, que Sa Majesté le Roi Hassan II a reçu Shimon Peres, alors qu’aucun autre dirigeant de la région n’osait le faire.


Rien de tout cela n’attendait un accord. Tout cela existait, et servait la paix.


Décembre 2020 n’a donc pas produit une alliance. Il a produit une lumière.

Ce qui explique la nature réelle de ce que le Royaume a obtenu ce jour-là.


La marocanité du Sahara n’est pas un objet de négociation, et elle ne l’a jamais été. Elle n’est ni une revendication ni une monnaie : elle est un fait, que la diplomatie marocaine s’emploie depuis un demi-siècle à faire reconnaître par le reste du monde, un pays après l’autre. La reconnaissance américaine de décembre 2020 ne récompense rien. Elle constate.

Ce que l’accord a changé, c’est le moment. Pas la nature des choses.


Regardez le calendrier, il ne doit rien au hasard. En novembre 2020, les Forces Armées Royales rétablissent la libre circulation à Guerguerat et sécurisent le passage. Un mois plus tard vient la reconnaissance américaine, dans la fenêtre exacte où Washington se montrait prêt à sortir des postures onusiennes. Le Royaume a lu cette fenêtre avec une précision que peu d’États savent atteindre.


Une pierre, deux coups. La relation historique sort de la discrétion. La reconnaissance de l’intégrité territoriale est actée. Le même mois.

C’est là que réside la vraie leçon, et elle n’a rien d’un aveu gênant.


Le Maroc n’a pas improvisé un virage. Il a tenu une ligne pendant soixante ans, sans bruit, sans revendiquer de mérite, en supportant les procès d’intention et les leçons de morale de pays qui parlaient bien plus fort et faisaient bien moins. Puis, au moment où le monde était enfin prêt à l’entendre, il a laissé cette ligne apparaître au grand jour.


Aucune autre signature des Accords d’Abraham n’a produit un résultat de cette portée. Les Émirats ont normalisé sur un terrain commercial. Bahreïn sur un terrain sécuritaire. Le Maroc, lui, a fait reconnaître son intégrité territoriale par la première puissance mondiale.


Voilà aussi pourquoi la relation n’a pas rompu malgré Gaza, et ne rompra pas.


Ce n’est pas de la tiédeur, c’est une doctrine. Le Royaume sanctuarise ses intérêts stratégiques et module la voilure de sa diplomatie visible. Quand la région s’embrase, la communication se fait sobre ; les engagements, eux, tiennent. Ce qui fluctue n’est pas la profondeur du lien, c’est son exposition. Cette étanchéité entre la constance des intérêts d’État et la souplesse du discours public est ce que presque aucun observateur ne veut voir, parce qu’elle suppose de créditer le Maroc d’une intelligence qu’on préfère lui refuser.


Il serait malhonnête de prétendre que cette position est confortable. L’opinion marocaine n’est pas unanime, et il n’y a rien à gagner à le nier. La solidarité avec les Palestiniens reste sincère et profonde, et le Royaume ne l’a jamais reniée : il finance, il soigne, il plaide, et Sa Majesté le Roi préside le Comité Al-Qods.

Mais ceux qui parlent de reniement devraient répondre d’abord à une question plus embarrassante.


Lequel de leurs pays a tenu la même ligne pendant soixante ans, sans jamais s’en vanter ?


POUR ALLER PLUS LOIN

Ces soixante ans de relation discrète, de Hassan II à Ifrane jusqu’à l’accord de 2020, sont documentés dans mon livre, Le Maroc, ses Juifs et Israël. Disponible dès maintenant ici.


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