8 800 nouveaux millionnaires en pleine guerre : ce que la richesse israélienne révèle — et pourquoi le Maroc a raison de la regarder en face
- Amine Drissi Boutaybi
- 3 juil.
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 4 jours
Selon le rapport mondial UBS, Israël se hisse au 18e rang du patrimoine par adulte, avec près de 195 000 millionnaires et une bourse qui bat des records malgré la guerre. Derrière ces chiffres, une leçon d’économie, une fracture sociale — et une opportunité que Rabat a comprise avant tout le monde.

Le chiffre est passé presque inaperçu dans le vacarme géopolitique, et pourtant il dit énormément : selon le Global Wealth Report d’UBS publié cette semaine, Israël occupe la 18e place mondiale du patrimoine moyen par adulte, avec environ 312 000 dollars par tête fin 2025. Le pays compte désormais près de 195 000 millionnaires en dollars — dont environ 8 800 nouveaux sur la seule année écoulée.
Relisez la phrase précédente en vous souvenant du contexte : 2025 a été une année de guerre sur plusieurs fronts, d’incertitude géopolitique maximale, de coûts militaires qui explosent. Et pendant ce temps, les indices de la bourse de Tel Aviv ont atteint des sommets historiques, surclassant les grandes places mondiales, tandis que le shekel se renforçait face au dollar et à l’euro.
Il y a là quelque chose que beaucoup refusent de voir. Regardons-le froidement.
Ce que les chiffres disent vraiment
D’abord, la structure. Plus de 82 % du patrimoine brut israélien est investi en actifs financiers — le deuxième taux le plus élevé des 56 pays étudiés. Ce n’est pas une richesse de rente immobilière ou de matières premières : c’est une richesse de marchés, de tech, de capital humain. Les sorties de capital dans le secteur technologique ont bondi de 340 % pour atteindre près de 59 milliards de dollars. Autrement dit, ce n’est pas malgré sa fragilité géopolitique qu’Israël s’enrichit, c’est grâce à un modèle économique conçu pour survivre à l’instabilité.
Ensuite, l’honnêteté oblige à donner l’autre moitié du tableau. Car ce rapport n’est pas une brochure promotionnelle : si le patrimoine moyen a progressé de plus de 15 % depuis 2020, le patrimoine médian — celui du citoyen du milieu, le plus représentatif — a reculé de plus de 12 % sur la même période. Les millionnaires ne représentent que 3,2 % de la population adulte. La richesse israélienne existe, elle est spectaculaire, et elle est inégalement répartie. Les deux choses sont vraies en même temps, et quiconque n’en retient qu’une vous vend une idéologie, pas une analyse.
La leçon pour ceux qui parient sur l’effondrement
Ces chiffres enterrent discrètement un fantasme : celui d’une économie israélienne qu’on ferait plier par l’isolement. Trois années consécutives de croissance mondiale du patrimoine, et Israël qui progresse au cœur de la tempête. On peut juger la guerre, ses choix, son coût humain — je l’ai fait et je continuerai de le faire quand il le faut. Mais construire une stratégie régionale sur l’hypothèse d’un effondrement économique israélien, c’est bâtir sur du sable. Les faits votent chaque trimestre, et ils votent contre.
Et le Maroc, dans tout ça ?
C’est ici que la lecture devient intéressante. Car pendant que d’autres capitales pratiquent la surenchère verbale, Rabat a fait autre chose : elle a lu les chiffres.
Près d’un million d’Israéliens ont des racines marocaines — la plus grande communauté d’origine marocaine hors du royaume après la France. Une partie de ces 195 000 millionnaires porte des noms qui viennent d’Essaouira, de Fès, de Meknès, de Casablanca. Leur richesse n’est pas une abstraction statistique vue de Rabat : c’est un tourisme des racines, des hiloulot qui remplissent des villes entières, des investissements potentiels, des ponts d’affaires — un corridor économique et mémoriel que le Maroc est le seul pays arabe à pouvoir activer avec cette profondeur-là, parce qu’il est le seul à avoir gardé le lien vivant.
Le choix marocain n’est ni sentimental ni naïf : il est stratégique. Un royaume qui pense en siècles ne regarde pas une économie de 195 000 millionnaires avec les lunettes de l’humeur du moment. Il regarde ce que cette richesse peut construire des deux côtés — dans les mellahs restaurés, dans les sanctuaires entretenus, dans les lignes aériennes, dans les mémoires réconciliées.
La richesse israélienne est un fait. La fracture sociale israélienne aussi. Et l’intelligence marocaine consiste précisément à ne détourner les yeux ni de l’un ni de l’autre — mais à transformer le fait en pont, pendant que d’autres en font un slogan.
POUR ALLER PLUS LOIN
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