Ce n’est pas un vol qui reprend, c’est une famille qui rentre : ce que le retour d’Arkia à Marrakech raconte vraiment.
- Amine Drissi Boutaybi
- 9 juil.
- 2 min de lecture
Le 24 août, la compagnie israélienne Arkia relie de nouveau Tel-Aviv à Marrakech, après trois ans d’interruption. Derrière une ligne aérienne, c’est un pont entre près d’un million d’Israéliens d’origine marocaine et la terre de leurs grands-parents qui se rouvre.

Il y a des nouvelles qui se lisent dans la rubrique économie et qui appartiennent en réalité à la rubrique du cœur. Le 24 août, la compagnie israélienne Arkia rouvrira sa ligne directe entre Tel-Aviv et Marrakech, deux vols par semaine, après près de trois ans d’interruption. Sur le papier, c’est une rotation d’Airbus qui reprend. En vérité, c’est bien autre chose.
Car ce n’est pas seulement un avion qui redécolle. C’est un fil que l’on renoue.
Ils sont près d’un million, en Israël, à porter le Maroc dans leur nom, dans leur cuisine, dans les berceuses de leur enfance. Un million de familles dont les grands-parents ont quitté Fès, Marrakech, Mogador ou Debdou avec une clé, une photo, parfois rien du tout, mais toujours la certitude qu’un morceau d’eux restait là-bas. Pour ces familles, un vol direct vers Marrakech n’est pas une ligne commerciale. C’est un chemin de retour.
En 2022, avant la suspension, environ deux cent mille Israéliens avaient fait ce voyage. Beaucoup n’allaient pas visiter un pays. Ils allaient chercher une tombe, une maison, une rue, une odeur. On appelle cela du tourisme. C’est en réalité un pèlerinage intime, celui de petits-enfants qui viennent vérifier que la terre dont on leur a tant parlé existe vraiment, et qu’elle les attend.
Pendant trois ans, la guerre dans la région avait mis ce pont entre parenthèses. Les liaisons directes s’étaient tues. Mais le désir, lui, ne s’est jamais arrêté. Ceux qui voulaient venir sont venus quand même, par des routes plus longues, parce qu’un lien de cette profondeur ne s’annule pas. Il patiente.
Alors quand une compagnie annonce qu’elle rouvre la ligne, elle ne fait pas qu’ajouter une destination à son catalogue. Elle dit quelque chose de plus grand. Elle dit que le corridor entre Israël et le Maroc, officialisé en 2020 mais enraciné depuis plus de deux mille ans, est plus solide que les tempêtes qui le traversent. Que malgré tout, on continue de vouloir rentrer.
Un avion, ce ne sont que quelques tonnes de métal. Mais lorsqu’il relie une jeune femme d’Ashdod au cimetière où repose son arrière-grand-mère de Marrakech, il devient l’objet le plus émouvant du monde. Il porte une réponse à la question que traîne chaque descendant de cette histoire. D’où je viens vraiment.
Le 24 août, ce ne sera pas seulement Arkia qui atterrira à Marrakech. Ce sera un peu de mémoire qui rentre à la maison.
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