Jeudi soir, une partie d’Israël supportera le Maroc, et cela dit tout du lien entre les deux pays
- Amine Drissi Boutaybi
- 7 juil.
- 3 min de lecture
Pendant France-Maroc, plus d’un million d’Israéliens aux racines marocaines seront derrière les Lions de l’Atlas. Loin d’être un paradoxe, ce réflexe révèle la vraie nature du pont entre Rabat et Tel-Aviv : non pas un corridor diplomatique, mais un lien humain que rien n’a effacé.

Jeudi soir, à Boston, la France affronte le Maroc en quart de finale de la Coupe du monde. Et à des milliers de kilomètres de là, dans les salons d’Ashdod, de Netanya et de Beer-Sheva, plus d’un million d’Israéliens allumeront leur télévision pour soutenir les Lions de l’Atlas. Pas contre eux. Derrière eux.
Pour qui ne connaît pas l’histoire, la scène a de quoi surprendre. Elle ne devrait pas. Les Israéliens d’origine marocaine forment la plus grande communauté d’origine unique du pays, entre 12 et 15 % de la population, soit probablement plus d’un million de personnes si l’on compte tous les descendants.
Et ces gens n’ont rien oublié. La première génération, celle qui a quitté Casablanca, Fès ou Essaouira, a maintenu les traditions avec ferveur. Les suivantes en ont gardé l’essentiel : la darija qui refait surface dans les moments d’émotion, la cuisine marocaine du vendredi soir, la musique, et surtout la Mimouna, cette fête marocaine de fin de Pessah devenue, fait unique, une fête nationale célébrée par tout Israël, bien au-delà des seuls Marocains.
Ils sont marocains par les racines et israéliens par la citoyenneté, et ces deux appartenances ne se contredisent jamais. Elles cohabitent dans la même personne, la même famille, la même soirée de match.
C’est là que le football révèle une vérité que la diplomatie formule mal. On parle sans cesse de corridor entre le Maroc et Israël, d’accords, de commerce bilatéral, de coopération. Mais le socle réel de cette relation n’est pas un traité. Il est humain. Il est fait de ces centaines de milliers de familles qui constituent un pont vivant et charnel entre les deux pays, et qui se lèvent chaque matin, à Tel-Aviv comme à Ashdod, en pensant au Maroc avec affection.
Cette réalité a une conséquence que l’on mesure mal. On ne peut pas détester en bloc un pays dont plus d’un million d’habitants partagent votre cuisine, votre musique, vos proverbes et vos noms de famille. Confondre Israël avec un ennemi monolithique, c’est effacer l’existence de ces compatriotes. Cela ne signifie pas qu’on doive s’interdire de critiquer telle ou telle politique d’un gouvernement, bien sûr que non. Mais la haine indiscriminée, elle, se heurte à un fait têtu : une partie de ce pays est, au fond, restée marocaine.
Jeudi soir, ce pont sera visible à l’œil nu. De Casablanca à Ashdod, la même famille dispersée regardera le même match, le cœur battant du même côté. Le reste de l’année, ce lien vit en silence. Il suffit d’un ballon pour le rendre éclatant.
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