Le judaïsme marocain chante, et il chante en arabe : la preuve par le piyyout que juif et arabe n’ont jamais été des contraires.
- Amine Drissi Boutaybi
- 8 juil.
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 4 jours
Des baqashot d’avant l’aube aux poèmes de Rabbi David Bouzaglo, la liturgie juive du Maroc s’écrit et se chante en hébreu comme en judéo-arabe. Ce n’est pas un métissage de circonstance. C’est une synthèse de huit siècles.

On répète partout que juif et arabe seraient deux mondes qui se font face. La liturgie juive du Maroc dit exactement l’inverse, et elle le dit en chantant.
Prenez les baqashot. Chaque samedi matin d’hiver, de la fête de Souccot à Pourim, des communautés juives marocaines se réunissent avant l’aube pour chanter, parfois trois ou quatre heures d’affilée, un répertoire de supplications et de poèmes. Ce corpus condense près de huit siècles de poésie et de musique. En 1921, des maîtres hazzanim marocains en ont fixé la structure moderne. Ce n’est pas un folklore résiduel. C’est une architecture.
Au cœur de cette tradition, une figure : Rabbi David Bouzaglo, né dans la région de Marrakech en 1903, mort à Haïfa en 1975. Sa voix a porté la tradition du Shir Yedidot devant des salles où l’on se disputait les places. Il a formé des générations de disciples. Et il a composé, en hébreu comme en judéo-arabe, des poèmes que l’on chante encore.
Car c’est là le point que personne ne veut regarder en face. Une partie de cette liturgie est en judéo-arabe. Le juif marocain ne priait pas malgré l’arabe. Il priait aussi en arabe. Sa langue affective, celle de la maison et du sacré, était un arabe à lui.
La musique raconte la même histoire. La tradition andalouse, l’Ala, le malhoun, le chaabi : les artistes juifs y ont tenu un rôle majeur, aux côtés des musiciens musulmans, dans un patrimoine partagé. Sami El Maghribi, Jo Amar, Emil Zrihan ont ensuite emporté cette musique jusqu’en Israël, où elle continue de vivre.
Voilà pourquoi le judaïsme marocain n’est pas une variante géographique d’un judaïsme venu d’ailleurs. C’est une civilisation qui a fondu l’hébreu et l’arabe dans une même ferveur. C’est cette matière que je traite dans Le Maroc, Ses Juifs et Israël.
Ceux qui opposent aujourd’hui les deux mondes devraient écouter un enregistrement de baqashot. Ils y entendraient une réponse vieille de huit cents ans.
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